En décembre 2024, après le passage du cyclone Chido sur Mayotte, plus rien ne fonctionnait : plus d’eau, de nourriture, d’électricité ; aucun moyen de communication ; des infrastructures publiques dévastées. Après la phase de sidération, un management de crise s’est mis en place. Des cellules dotées d’une grande autonomie de décision ont été créées pour résoudre les innombrables problèmes qui se présentaient, puis elles ont peu à peu passé la main aux services administratifs qui se remettaient en ordre de fonctionnement…

Exposé de Philippe Ramon et de Sixte de Malliard

Philippe Ramon : Après avoir passé dix ans dans l’armée de l’air et autant dans le corps préfectoral, je suis actuellement le directeur général des services (DGS) de la ville de Mamoudzou, chef-lieu du département de Mayotte. Au cours de ma carrière, j’ai dû gérer un certain nombre de crises, mais je n’ai jamais été confronté à un événement d’une aussi grande ampleur que le cyclone Chido qui s’est abattu sur Mayotte le 14 décembre 2024. La tempête de 1999 avait provoqué beaucoup de dégâts dans le Sud-Ouest de la France, mais, à Mayotte, on a assisté à l’effondrement complet du système.

Sixte de Malliard : J’ai séjourné à Mayotte en janvier et février 2025, peu après le passage du cyclone. Je suis consultant depuis trente-cinq ans et j’intervenais dans le cadre de la Fondation d’entreprise Algoé, pour aider diverses structures mahoraises à retrouver leur activité, en particulier les communes de Mamoudzou et de M’Tsangamouji. Observer la façon dont les acteurs locaux se sont organisés et impliqués pour réagir à cet événement m’a passionné.

Mayotte, un territoire d’exception

Mayotte est un petit territoire de 374 kilomètres carrés, composé de deux îles principales (Grande-Terre et Petite-Terre) et d’une trentaine d’îlots, qui se situe à 8 000 kilomètres de Paris et à 1 400 kilomètres de La Réunion. Ce territoire présente la particularité d’être entouré d’une double barrière de corail, qui forme l’un des plus grands et des plus beaux lagons du monde.

Dans les années 1970, les 72 villages de Mayotte ont été regroupés en 17 communes, puis, en 2015, en 5 intercommunalités. Mayotte est devenu un département français en 2011 et une région ultrapériphérique en 2014.

La population de Mayotte est jeune et en forte croissance. Elle est passée de 45 000 habitants en 1978 à 329 000 habitants aujourd’hui, auxquels s’ajoutent entre 50 000 et 150 000 sans-papiers non recensés. La moitié de la population a moins de 18 ans.

L’économie de ce territoire est fragile. Son PIB s’élève à 9 400 euros par habitant, contre 27 300 euros pour La Réunion et 42 600 euros pour la France métropolitaine. Plus de la moitié de la valeur ajoutée est produite par le secteur public, contre 20 % en France métropolitaine. Le taux de chômage est de 29 % et 77 % des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Le nombre d’infrastructures est réduit : Mayotte compte un port, un aéroport et un hôpital. La convergence sociale, c’est-à-dire l’alignement progressif du système de protection sociale (santé, famille, retraites, emploi) sur celui de l’Hexagone, est prévue pour 2031.

Le parc de logements comprend entre 70 000 et 80 000 logements. On estime qu’il en manque 30 000 pour répondre aux besoins. L’habitat informel, c’est-à-dire les bangas, des cases en tôle sans eau ni électricité qui composent les bidonvilles, représente 38 % du parc. 75 % des logements sont insalubres, et seulement 10 % d’entre eux sont assurés.

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