C’est un réveil difficile, qui s’est fait par à-coups depuis presque vingt ans. À la faveur successivement de la crise financière de 2008, du Brexit, de la pandémie de Covid-19, de la guerre en Ukraine, du conflit du détroit d’Ormuz, s’est dévoilée, progressivement, l’importance de nos dépendances : à l’énergie, mais aussi aux médicaments, au bois, ou encore aux terres rares, dont l’existence même a été révélée par la découverte de leur criticité.
Dur réveil, car nous avons découvert qu’un battement d’aile de papillon – d’un pangolin ? – à un endroit de la terre pouvait compliquer des actes aussi banals que l’achat d’une cuisine ou d’un véhicule. Que pendant des années, nous avions construit ou accepté des dépendances dans maints domaines auxquelles la remise en cause des équilibres géopolitiques donne aujourd’hui une tournure inquiétante.
Nous sommes entrés dans l’ère de la souveraineté et il s’agit bien d’un nouveau contexte géopolitique et économique. L’inventaire auquel il invite semble vertigineux. La sensibilité de cette question éprouvée dans le militaire ou l’énergie s’est étendue aux domaines alimentaire, sanitaire, satellitaire, cartographique, bancaire... Dans le numérique, si la sauvegarde des données (le cloud) est considérée comme sensible depuis longtemps, les outils du quotidien (applications, suites logicielles...) le sont devenus avec la récurrence d’affaires stupéfiantes (Pegasus, StravaLeaks...) conjuguée à l’évolution des relations internationales.
La souveraineté est une affaire de sécurité nationale et un enjeu économique. Elle implique les États, les entreprises et les particuliers : se défaire de notre dépendance au leader mondial des logiciels de bureautique implique non seulement d’inventer des solutions alternatives, mais de réfléchir à la manière de favoriser leur adoption en substitution à des outils considérés comme standards.
En France, la souveraineté a été prise au sérieux de longue date dans l’énergie, où l’indépendance nationale, défendue par le général de Gaulle, a été comme emportée dans le flot inarrêtable de la mondialisation, ou dans l’audiovisuel, où l’on a érigé la notion d’exception culturelle contre la libéralisation d’un secteur jugé sensible. Les mouvements à l’œuvre aujourd’hui dans ce secteur, autour de la montée en force des plateformes globales, fragilisent un édifice qui s’est montré très solide depuis plusieurs dizaines d’années. La souveraineté est un enjeu. C’est aussi un combat qui exige volontarisme et créativité.
Pour appuyer les développements de l’École de Paris, notamment dans son ouverture internationale, nous avons créé un comité de soutien.
Il permet à ceux qui sont attachés à nos activités de nous soutenir par des dons personnels, ou de leur entreprise.
Voici nos membres actuels :
Pour obtenir plus de précisions sur les modalités d’adhésion au comité de soutien, n’hésitez pas à nous consulter.
Le Journal de l’École de Paris du management est édité par l’Association des Amis de l’École de Paris – 60, boulevard Saint-Michel – 75272 Paris Cedex 06 – France
Si vous avez déjà acheté le Journal, ou si vous êtes abonné, merci de vous connecter à votre compte.
Si
vous souhaitez consulter ce numéro ou vous abonner, cliquez ci-dessous pour plus d'informations :